Quand on parle d’encens en parfumerie, notre imaginaire nous emmène souvent dans un temple ou une église sacrée, ou dans un marché oriental aux odeurs puissantes et enveloppantes. Utilisé comme ingrédient de fragrances corporelles et comme rituel parfumé pour parfumer votre intérieur, l’encens regorge de mystères et de symboles… Pour comprendre l’origine de l’encens et ses secrets, il faut commencer un voyage millénaire. Revenons aux racines de ce parfum des dieux, devenu un geste parfumé qui a traversé les âges et les frontières.

Matière première ou parfum d’ambiance ?

Les deux en fait ! A l’origine, l’encens est une matière première utilisée en parfumerie. Le véritable encens provient de la résine d’arbre trouvée dans certaines parties de l’Afrique, du Moyen-Orient ou de l’Inde. Depuis la nuit des temps, on brûle cette résine pour profiter de son parfum chaud et ambré. Du mot latin incendere (brûler), l’encens définit aussi plus généralement tous les bois, les gommes et les plantes qui dégagent une odeur en se brûlant. C’est pourquoi on dit communément aujourd’hui de brûler de l’encens. Cet encens peut alors prendre différentes formes et s’habiller de multiples fragrances.

L’encens, origine d’un parfum sacré

Une histoire millénaire

On pense qu’il a été utilisé en Inde et dans d’autres parties de l’Asie du Sud dès 3300 avant notre ère avec une utilisation de qui s’est répandue dans la Chine ancienne vers 2000 avant JC où l’encens était utilisé pour le culte et la prière.

Rites sacrés ou profanes, la fumigation de l’encens se poursuit dans les mondes romain et grec, jusqu’aux temps modernes. Il est encore utilisé dans les encensoirs lors des cérémonies religieuses. C’est pourquoi l’odeur de l’encens est souvent associée aux églises. En Occident, ce sont des endroits où il est encore utilisé comme seule matière première parfumée. L’encens est également mentionné plus de vingt fois dans la Bible ainsi que dans le Coran, et c’était l’un des cadeaux (avec de l’or et de la myrrhe) offerts par les mages à l’enfant Jésus.

Légendes et origines de l’encens

Selon une vieille légende, une reine a perdu son royaume suite à l’attaque de ses ennemis. Dans sa fuite, en pleurant, elle a demandé à Dieu un cadeau pour la consoler de la perte de ses enfants et de ses terres. Ainsi, partout où ses larmes coulaient, des arbres aux gencives parfumées ont commencé à pousser. Cette légende expliquerait l’apparition des arbres à encens. L’oliban, l’autre nom de l’encens, correspond aux résines de la famille des arbres boswellia. Ils ne poussent que dans les régions montagneuses et arides d’Afrique, comme en Éthiopie. On les trouve également dans le sud de la péninsule arabique au Yémen ou à Oman.

Arabia Felix : l’Arabie heureuse. C’est ainsi que les Romains surnommaient le Sud de la péninsule, région riche et fertile et terre d’origine de la précieuse boswellia. Il existe différentes variétés de cet arbre, dont la résine extraite n’offre pas les mêmes propriétés olfactives.

Un parfum d’Orient

Commençons notre voyage à Oman sur la péninsule arabique. Dans la ville de Salalah, il est facile de se perdre dans les allées étroites et débordantes du vieux souk d’Al-Husn. Regardez où vous marchez pour ne pas trébucher sur les sacs remplis de pierres d’encens éparpillés sur le sol et dans les étals. Levez les yeux et admirez la grande palette de couleurs qui s’offrent à vos yeux : des gommes rouges, blanches, ambrées ou vert bleuté s’empilent de toutes parts. Maintenant, c’est au tour de vos narines d’être titillées. La fumée qui émane des brûleurs en argile ou en cuivre crée un parfum balsamique, résineux et terpénique.

Bienvenue au paradis du commerce de l’encens ! Vous trouverez différentes variétés de résines dont les prix changent complètement selon leur origine et leur qualité. A proximité, les essences sont extraites pour faire des préparations parfumées. L’huile essentielle qui provient de la résine d’encens à l’origine, permet de créer des mélanges parfumés envoûtants. On ajoute du bois de oud, du santal ou d’autres plantes pour parfumer la peau et la maison. Les sens en effervescence, vous quittez le souk. Mais ce parfum vous accompagnera partout. Vous pouvez le sentir sur vos vêtements et sur vos cheveux pour mieux vous envelopper de sa chaleur.

L’art de la récolte : une méthode ancestrale

Ne soyez pas surpris de sentir ce parfum dans toute la région du Dhofar, dans les hammams ou à l’entrée des maisons pour accueillir les visiteurs. Depuis des milliers d’années, le sud d’Oman est l’un des berceaux de l’encens. A quelques kilomètres des rives de la mer d’Oman et de la frontière yéménite, des arbres sacrés poussent partout. À première vue, ils pourraient nous faire penser à des oliviers… Mais il s’agit du boswellia sacra, l’arbre à encens.

Le tronc blanchâtre de l’arbre cache une véritable mine d’or. Pour l’obtenir, vous devez faire une incision dans l’écorce. Le liquide qui s’écoule se transforme lentement en « larmes » sous l’influence de l’air, de la chaleur et du soleil. La sève est ensuite collectée et laissée au repos pendant quelques jours. Cette opération est répétée trois fois par an. L’arbre est alors « au repos » pendant les 3 prochaines années. Ce savoir-faire connu depuis des millénaires se transmet de génération en génération. Les meilleurs arbres peuvent fournir entre 3 et 10 kilos de résine d’encens selon la culture.

La route de l’encens

Utilisé depuis plus de 6 millénaires dans toutes les civilisations, l’encens a longtemps été transporté par caravane depuis les terres de la reine de Saba. D’ailleurs, celui-ci avait offert une grande quantité d’encens précieux au roi Salomon. A l’origine, la route de l’encens reliait les zones de production, dont le Sultanat d’Oman fait toujours partie, à divers endroits où la résine était consommée : en Egypte, à Jérusalem et chez les civilisations méditerranéennes. Ce chemin était en fait un réseau de routes commerciales couvrant plus de 2000 kilomètres pour faciliter le passage des caravanes transportant de l’encens et de la myrrhe. Ce commerce a prospéré pendant plus d’un siècle et a ouvert la voie à de nombreux autres échanges. Nous avons ramené toutes sortes d’épices parfumées, d’ébène et de soie d’Inde. Et depuis l’Afrique de l’Est, le commerce se faisait aussi avec de l’or, des bois rares et des plumes d’animaux.

En plein essor, le commerce de l’encens laisse encore aujourd’hui une trace. Il y a seulement vingt ans, les vestiges de la ville d’Ubar au nord de Salalah ont été retrouvés. Aux portes du désert, le site archéologique témoigne encore de la richesse de ses habitants et de l’ingéniosité des systèmes d’irrigation de l’époque. Surnommée l’Atlantide des Sables par Lawrence d’Arabie, la cité commerçante a probablement dû voir partir de nombreuses caravanes d’encens à travers les dunes.

Mais cette route n’était pas fixée. Pour éviter de payer de lourds impôts, les chemins ont souvent changé. Les Romains utilisaient la route maritime. Ils ont traversé la mer Rouge pour ne pas donner aux Bédouins de l’or et de l’argent pour des épices ou de l’encens.

Brûler de l’encens, un rituel ancien

Comme nous l’avons vu plus haut, l’origine de l’encens fait également référence à la pratique de brûler ou de chauffer une matière qui dégagera une odeur agréable. Cet acte de fumigation est certainement la première forme de parfum que l’homme ait connue. En effet, depuis toujours, sur tous les continents, les peuples procédaient à des fumigations pour communiquer avec leurs dieux, se soigner et élever leur niveau de conscience.

Formes et parfums, autant de diversités que de cultures

Il y a autant de formes et de parfums à brûler qu’il y a de pays et de cultures. En effet, la préparation de l’encens peut varier d’un pays à l’autre et avoir des fonctions et vertus différentes selon les croyances. Il existe deux grandes catégories de formes : celles qui sont façonnées par l’homme et la seconde qui reste à l’état brut. Parmi eux, nous brûlons des résines comme l’oliban, notre véritable encens, qui produira une huile de vapeur parfumée. On pense aussi aux éclats de bois ou à certaines épices. Ces senteurs à brûler sont simplement réduites en poudre et parfois additionnées d’huiles essentielles. Ce sont les formes les plus simples et les plus anciennes utilisées pour la fumigation, qui se fait généralement à l’aide d’un charbon ardent.

De l’autre côté, il existe des versions plus récentes d’encens à tige ou à cônes. Il existe même des boules d’encens, fabriquées à partir du produit parfumé mélangé à du miel, de la mélasse ou du confit de fruits. Au Japon, l’encens est utilisé pour développer l’art de l’odorat chez les Kôdô et ils « écoutent » l’encens selon la saison. Il a un aspect esthétique bien sûr, mais il s’associe aussi à la spiritualité en accord avec l’esprit du Zen. Contrairement à l’encens indien, il émet peu de fumée. Pour les moines tibétains, l’encens fait partie intégrante de la pratique de la méditation. Au Népal, l’encens est enfermé dans une pâte de riz en forme de corde pour enflammer ses extrémités.

La fumée qui guérit

Rite sacré à l’origine, l’encens a également été associé à diverses vertus thérapeutiques. Dans l’Egypte ancienne, la Grèce ou la Chine, la résine d’oliban était utilisée pour traiter les maladies du foie et des poumons ou pour faciliter la guérison. Il semble même que certains encens aient une action anti-bactérienne. En Inde, même les mendiants de la rue ont leurs tiges d’encens pour se soigner et se consacrer à leurs divinités. Chacun utilise l’encens selon ses propres croyances et expériences. Pour purifier la maison, mieux dormir, se donner de l’énergie ou au contraire se calmer… Autant de rituels à pratiquer avec le parfum de son choix pour se sentir en harmonie.

De l’Inde à votre canapé

L’origine de l’encens se trouve également dans la culture et la spiritualité indiennes. Et il n’est pas étonnant que l’encens indien soit certainement le plus répandu au monde. Ils ont généralement la forme d’une tige. Il existe plusieurs techniques pour fabriquer ce stick, qui dépendent des propriétés et des senteurs que l’on veut leur donner.

Pour conclure ce voyage aux quatre coins du monde, il vous suffit d’allumer votre tige, d’attendre quelques secondes et de souffler doucement sur la flamme. Il est maintenant temps de vous asseoir confortablement, de vous inspirer et de laisser le parfum vous emmener vers de doux rêves parfumés…

L’encens japonais

L’encens japonais est largement considéré comme le meilleur au monde et est réputé pour la variété d’ingrédients utilisés dans sa fabrication, notamment le bois d’agar, le bois de santal, le camphre de Bornéo, le benjoin, l’encens, le clou de girofle, l’anis étoilé, la rhubarbe, la cannelle, la réglisse et le patchouli. Kyara, une forme de bois d’agar vaut littéralement plus que son poids en or.

Comment l’encens est-il arrivé au Japon ?

L’encens a d’abord été importé de Chine au Japon par les moines bouddhistes avec l’arrivée du bouddhisme, où il joue un rôle important dans les cérémonies et les rituels pour purifier l’atmosphère.

Au fur et à mesure que l’encens est devenu plus populaire, les fabricants spécialisés ont commencé à fabriquer leur propre encens et une industrie s’est développée en fabriquant des encens de haute qualité en utilisant les meilleurs ingrédients traditionnels, combinant des techniques anciennes et modernes.

Pourquoi l’encens est-il devenu si populaire au Japon ?

Le bouddhisme a initialement rendu l’encens populaire au Japon, où il était utilisé pour purifier l’atmosphère, créant un espace sacré pour les cérémonies religieuses et les rites.

Cependant, lorsque les Japonais ont commencé à réaliser à quel point l’encens était parfumé et comment son parfum pouvait créer une ambiance et une tranquillité dans une pièce, il est devenu beaucoup plus populaire et largement utilisé. Les guerriers samouraïs du XIVe siècle étaient connus pour utiliser de l’encens pour parfumer leurs casques et leurs armures, croyant que cela les rendrait invincibles.

Aux XVe et XVIe siècles, l’encens a commencé à devenir populaire auprès des classes moyennes et supérieures au Japon et un plus large éventail de personnes a commencé à l’utiliser régulièrement. Au fur et à mesure que sa popularité et son appréciation de l’encens augmentaient, un nombre croissant de personnes et de groupes ont commencé à célébrer «l’art de l’encens» par la cérémonie Koh-Do. En tant que tradition culturelle importante au Japon, le Koh-do (cérémonie de l’encens) est similaire au Chanoyu (cérémonie du thé) et à l’Ikebana (arrangement floral). Alors que la cérémonie officielle du Koh-do est ancrée dans le protocole et la tradition, l’idée principale est de calmer l’esprit, d’apprendre à écouter de l’encens et de « communiquer avec le transcendant ».

Où placer l’encens ?

Parce que les bâtons d’encens dégagent beaucoup de fumée, vous devrez brûler votre bâton dans une pièce bien ventilée. Dans le même temps, cependant, gardez votre encens allumé loin des fenêtres ou des portes ouvertes afin d’éviter les courants d’air. Assurez-vous qu’il n’y a rien d’inflammable à proximité de votre encens, comme des rideaux ou des tentures.

Comment utiliser l’encens sans danger ?

  • Si votre logement est pollué et mal aéré, l’usage de l’encens n’est pas la solution.
  • Dans une pièce ventilée utiliser un encens à la fois.
  • Ventiler la pièce après utilisation.
  • Eviter d’inhaler directement la fumée.
  • Privilégiez les marques responsables.
  • Adaptez la durée de combustion (masse brûlée) au volume de la pièce.
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